Sa frénésie et sa folie des grandeurs me paraissent trop suspectes, je convaincs Alexis de fuir en courant.
Dépités, nous filons dans le département voisin, qui paraît offrir de plus grandes chances de réussite.

Août 2008
Cochabamba, climat tempéré, capitale... gastronomique ! Tiens, ce serait bien de trouver deux-trois interviews à faire ici... Le sillpancho (steak de viande au riz, papas, oeufs et oignons) et la humita (gâteau de maïs) y sont vraiment délicieux...
Le centre d'informations touristiques, généreux en adresses de restaurants, nous oriente vers trois "fabricants" de charango.
Le premier est un magasin. Leur fournisseur est à plusieurs km.
Le second est un marché. Les instruments y sont entassés entre les poules et les salades de fruits.
Le troisième n'existe pas à cette adresse. On redemande aux gens dans la rue...

Janvier 2008
... Tout a commencé en Argentine. Vous vous souvenez peut-être de notre première rencontre avec le charango, dans un café de Buenos Aires nommé El Bien Porteño. Nous avions discuté avec Raul, le charanguiste, puis les immensités grandioses et silencieuses de Patagonie avaient quelque peu estompé l'attrait du petit instrument à cordes.
De retour à la civilisation (!), nous avons commencé à loucher sur les vitrines des magasins de musique, Alexis s'étant mis en tête d'acheter un charango. A Salta, il fait l'acquisition d'une méthode d'apprentissage puis part faire le tour de la ville pour s'informer sur la qualité, les formes, la provenance et les prix des différents charangos. Renseignements pris, la plupart d'entre eux viennent de Bolivie, où le charango est né d'un métissage entre la vihuela (vielle) espagnole et l'artisanat indien.
Nous décidons alors de nous retenir jusqu'à la Bolivie, en rêvant de filmer la fabrication du charango qu'Alexis achèterait. Le rêve devient idée fixe, puis projet.

15 juillet
Potosi, haut berceau du charango (4000 m !), ancienne ville la plus riche du monde: à part une réplique géante exposée sur une placette de la ville, nulle trace de l'instrument. De toute façon, nous sommes trop malades pour entreprendre quoi que ce soit.

20 juillet
Sucre, capitale constitutionnelle de Bolivie. Son altitude (2700 m) et son climat plus clément nous remettent sur pied, nous nous mettons en quête d'un luthier. A tout hasard, nous interrogeons le personnel d'un office de tourisme. Coup de chance ! On nous donne l'adresse d'un luthier pas loin.
Le bonhomme s'appelle Trifon Pemintel. En dehors du talent de vivre avec un nom plutôt marrant, Trifon fabrique de très beaux instruments mais, vous comprenez, c'est un secret professionnel, ça ne peut pas se dévoiler. Surtout à une caméra. Quand il ajoute, intransigeant, qu'il a même refusé de montrer son art à des Japonais venus tout exprès jusqu'à lui munis d'une somme conséquente, nous comprenons que nos dernières chances de l'attendrir viennent de s'envoler dans un nuage nippon... Tout en insistant sur le fait qu'aucun luthier ne nous laissera jamais assister à son travail, il nous refile le nom d'un collègue, installé lui aussi à Sucre.

23500

C'est le nombre de charangos en devenir qui sommeillent dans l'atelier Gamboa, un luthier de Cochabamba, le plus ancien de la ville et du pays.
C'est là que nous avons filmé les premières images de notre prochain projet documentaire, consacré à ce petit instrument à cordes typiquement andin, né à Potosi en Bolivie.

Des semaines de recherche, pas mal de kilomètres, quelques déconvenues et un certain coup de bol nous ont finalement conduits jusqu'ici la semaine dernière...

Dans l'atelier Gamboa
Concert à Cochabamba
Pour vous mettre dans l'ambiance, voici déjà un extrait (1'48'') du premier morceau joué par Maestro Alfredo Coca, lors de son concert du 5 septembre.

Nevando Esta (composé par Adrian Patiño)

Concert donné au Teatro Acha (Cochabamba, Bolivie)
Avec Alfredo Coca (charango), Jeferson (guitare), Wilson Cruz (guitare, charango) et Christian Rodríguez Berindoague (percussions).

Déco baroque métisse

Gerardo Paz est le style inverse de Trifon. Autant toute l'alchimie se passait derrière un rideau chez Trifon, autant Gerardo Paz travaille sous vos yeux, la porte de l'atelier ouverte sur la rue. L'homme est très gentil, mais les instruments moins finis. Et surtout, il a des commandes pour les deux prochaines semaines, impossible pour lui de commencer à fabriquer sur le champ un charango.
Là-dessus, une idée lumineuse surgit : nous pourrions prendre des cours en attendant...
Un grand type tout en noir nous reçoit à l'école de musique et nous force à nous asseoir sur des chaises de maternelle à 20 cm du sol. Il écoute d'une demi-oreille notre projet puis se met à déballer sa marchandise avec un air halluciné; et je peux vous apprendre à jouer en deux semaines, même si vous n'y connaissez rien, oui, oui, vous vous en souviendrez toute votre vie, vous pourrez même dire à vos amis, c'est Carlos qui m'a appris, le plus grand professeur de charango de Bolivie...

Maestro Ernesto Cavour
Août - septembre 2008  -  BOLIVIE

On nous envoie vers une... bibliothèque qui, effectivement, propose bien des cours (gratuits) de musique. Avant d'envisager un transfert définitif à La Paz, nous reposons la question qui fâche à la documentaliste. Elle pointe le doigt sur le trottoir d'en face et nous envoie 3 cuadras plus loin. Avec un nom : Gamboa.

Une porte, un panneau signé Gamboa, une sonnette, une femme âgée... mais pas de luthier: il est parti pour la journée. Un numéro de téléphone, un rendez-vous et le tour est joué pour le lendemain matin. L'homme qui nous reçoit, Pastor, est le gendre de Rene Gamboa, le fondateur de la maison, il y a de cela 52 ans. Son unique fille a repris le flambeau avec son mari, donnant un tour plus moderne et international à l'entreprise. Le contact passe bien et nous revenons plusieurs fois tourner dans l'atelier.

Nous filmons des charangos... muets. Manque quelqu'un qui saurait les faire chanter. Par chance, le maestro de la province, Alfredo Coca, donne deux concerts au Teatro Acha au cours de notre séjour. Rencontre en coulisses, accord immédiat, captation du concert le soir-même et le lendemain, et rendez-vous le surlendemain chez lui pour une interview.

Maestro Alfredo Coca

du 18 au 24 septembre

Nous mettons à profit nos derniers jours en Bolivie et nos trajets en bus pour filmer les paysages qui ont inspiré les joueurs de charango.


La suite, ce sera quand nous aurons trié nos 11 heures de rushes puis monté le film!

En attendant ce grand jour, voici ci-contre un court extrait de notre entretien avec Alfredo Coca! Le maître joue ici une cueca, un des rythmes typiques de Bolivie.

4, 5 et 6 septembre
Le concert est un pur bonheur, d'autant plus que le thème choisi par le maître est Bolivia en charango. Et que Alfredo Coca a la fibre pédagogique, en tant que joueur et président de la Sociedad Boliviana de Charango : tout au long de la soirée, il déploie avec son groupe tout l'éventail des rythmes et mélodies typiques de chaque province bolivienne.
Lors de notre dernière rencontre, Alfredo nous emmène dans le petit atelier d'un luthier cochabambino, Ignacio Suarez, qui nous donne son point de vue d'artisan à plus petite échelle. Ultime coup de pouce du maestro : le contact du non moins maestro Ernesto Cavour.

Musée de La Paz

16 septembre
La Paz, capitale administrative, 3800 m. Unique ville bolivienne à posséder un musée des instruments de musique, faisant notamment la part belle au charango, instrument fétiche du créateur du lieu, Ernesto Cavour.
Rencontre un peu frustrante avec un professionnel rôdé aux interviews et pressé par le temps. Néanmoins, le maître nous ouvre les portes de son art et de son musée, qui regorge d'exemplaires de charangos de toutes formes et de toutes époques. L'un d'entre eux est signé Isaac Rivas, grand luthier paceño aujourd'hui disparu: le lendemain, grâce au carnet d'adresse d'Ernesto, nous nous retrouvons chez son fils, German Rivas.



Durée : 52''

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L'histoire ne s'arrête pas là et reprend inopinément au Pérou... Lire la suite